Les tomettes de Salernes habillent depuis près de deux siècles les sols des maisons provençales, des bastides aux maisons de village du haut Var. Ces petits carreaux hexagonaux de terre cuite rouge, patinés par des générations de pas, font partie de ces matériaux que l’on hésite à toucher : faut-il les garder, les déposer, les poncer, les cirer ? La réponse dépend de leur état, du support sur lequel ils reposent et de l’usage que vous voulez faire de la pièce.
Ce guide revient sur l’histoire de cette production varoise, puis détaille la pose traditionnelle, l’entretien courant et les étapes d’une rénovation respectueuse. Il s’appuie sur les archives disponibles et sur les principes de bon sens qui valent pour tous les sols en terre cuite du bâti ancien.
L’essentiel
- La production de tomettes hexagonales en argile rouge a démarré à Salernes au début des années 1830.
- Vers 1920, la ville comptait une cinquantaine d’ateliers et sortait quelque 70 millions de pièces par an, avant un net déclin après 1950.
- Une tomette ancienne se nettoie doucement et se nourrit : les produits agressifs et les vernis étanches lui font plus de mal que de bien.
- Sur un sol ancien, la pose au mortier de chaux laisse circuler l’humidité ; un revêtement étanche peut la renvoyer vers les murs.
- Avant de tout déposer, faites un état des lieux carreau par carreau : beaucoup de sols se sauvent par des remplacements ponctuels.
Salernes, capitale varoise de la terre cuite
Salernes se situe dans le haut Var, à l’ouest de Draguignan, sur un sol riche en argile rouge. C’est cette terre locale qui a permis l’essor d’une industrie céramique dont le nom de la commune reste inséparable. Selon un reportage de l’Institut national de l’audiovisuel consacré aux tomettes de Salernes, la fabrication de « malons » hexagonaux commence au début des années 1830.
La production grandit ensuite rapidement. Le même document situe l’apogée vers 1920 : la ville compte alors 50 ateliers et produit 70 millions de pièces par an.
Après 1950, l’activité décline nettement. En 1970, on ne recense plus que 12 céramistes à Salernes, toujours selon l’INA. Des fabricants perpétuent pourtant le savoir-faire, et la commune a fait de ce patrimoine un sujet de musée.
Terra Rossa, pour comprendre le métier
La Maison de la céramique architecturale de Salernes, baptisée Terra Rossa, présente l’histoire de la production locale : extraction de l’argile, façonnage, cuisson, usages dans l’architecture. Avant de rénover un sol ancien, une visite aide à reconnaître les formats, les teintes et les traces de fabrication qui distinguent une pièce ancienne d’une copie récente.
| Période | Repère | Source |
|---|---|---|
| Début des années 1830 | Lancement de la fabrication de malons hexagonaux en argile rouge locale | INA, Sudorama |
| Vers 1920 | Apogée : 50 ateliers, 70 millions de pièces par an | INA, Sudorama |
| Après 1950 | Début d’un net déclin | INA, Sudorama |
| 1970 | 12 céramistes encore en activité | INA, Sudorama |
Reconnaître une tomette ancienne
La tomette classique est hexagonale, fine, d’un rouge qui varie du rose orangé au brun selon la terre et la cuisson. Elle voisine souvent avec des carreaux carrés ou en losange, posés en damier ou en frise dans les pièces de réception. Une pièce ancienne se repère à plusieurs indices :
- des bords légèrement irréguliers, signe d’un façonnage peu mécanisé ;
- des nuances d’une pièce à l’autre, parfois au sein d’un même carreau ;
- une surface lissée par l’usure, plus creusée dans les zones de passage ;
- une patine sombre, faite de cire, d’huile et de poussière accumulées.
Ces irrégularités sont la raison même du charme d’un sol ancien. Elles expliquent aussi pourquoi un carrelage neuf, même d’aspect « rustique », se marie rarement bien avec des tomettes anciennes conservées dans la pièce voisine. Si vous devez compléter un sol, cherchez des pièces de réemploi d’épaisseur et de teinte proches, et comparez-les à la lumière du jour, sur place.
Pour le vocabulaire (malon, tomette, carreau, calepinage), notre lexique du bâti varois rassemble les termes que vous croiserez sur les devis.

La pose traditionnelle et ce qu’elle implique
Dans les maisons anciennes, les tomettes étaient le plus souvent scellées sur un lit de mortier de chaux et de sable, lui-même posé sur un remblai ou sur un plancher. Les joints, fins, étaient eux aussi à la chaux. Ce principe a une conséquence directe : le sol « respire ». L’humidité du terrain ou du plancher remonte lentement et s’évapore par la surface de la terre cuite et des joints.
Les fiches-conseil de l’Unité départementale de l’architecture et du patrimoine du Var le rappellent à propos des façades : la chaux naturelle est souple et laisse passer la vapeur d’eau, alors qu’un mortier de ciment, étanche et rigide, emprisonne l’humidité. Le raisonnement vaut au sol. Si vous remplacez la chaux par une chape de ciment ou si vous recouvrez la terre cuite d’un vernis filmogène, l’eau cherche une autre sortie, souvent par le pied des murs. Les enduits cloquent, les plinthes se tachent et l’on accuse à tort les tomettes.
Pose collée ou scellée pour une rénovation
- Pose scellée au mortier de chaux : la plus cohérente sur un sol ancien sans dalle étanche, un peu plus longue à sécher.
- Pose collée : réservée à un support sain, plan et sec, par exemple une dalle récente, avec une colle adaptée à la terre cuite.
- Joints : à la chaux ou avec un mortier de jointoiement compatible, sans excès, puis nettoyés avant qu’ils ne durcissent.
Sur un plancher bois, la question est d’abord structurelle : le poids d’un sol scellé n’est pas anodin. Faites vérifier les solives avant toute repose, surtout dans une maison de village aux planchers anciens. Pour les contraintes propres à ce type de bâti, consultez notre article sur la rénovation d’une maison de village dans le Var.
Entretien courant des tomettes
La terre cuite est poreuse. Non protégée, elle boit les taches de graisse, de vin ou d’huile. Protégée à l’excès, elle devient glissante et terne. L’entretien consiste donc à trouver l’équilibre : un sol nourri, légèrement brillant, qui se lave à l’eau sans se détremper.
- Balayez ou aspirez régulièrement : le sable et les gravillons rapportés du jardin rayent la surface.
- Lavez avec une serpillière bien essorée et un savon doux, par exemple un savon noir dilué.
- Évitez l’eau de Javel, les détergents ménagers puissants et les nettoyeurs vapeur, qui attaquent les cires et poussent l’eau dans les joints.
- Nourrissez de temps en temps avec une cire adaptée ou une huile de lin, en couche fine, puis lustrez.
- Protégez les pieds de meubles avec des patins en feutre.
La fréquence dépend du passage. Une cuisine demande plus d’attention qu’une chambre. Un bon indice : quand une goutte d’eau pénètre immédiatement dans la terre cuite au lieu de perler quelques instants, le sol réclame une nouvelle protection.
| Constat | Cause probable | Réponse raisonnable |
|---|---|---|
| Sol terne, qui boit l’eau | Protection usée | Nettoyage doux puis cire ou huile en couche fine |
| Traces blanches en surface | Sels ou remontées d’humidité | Brossage à sec, recherche de la source d’humidité |
| Couche collante et sombre | Accumulation de cires anciennes | Décirage prudent, sur une zone test d’abord |
| Carreaux qui sonnent creux | Mortier de pose désolidarisé | Dépose et reprise ponctuelle au mortier de chaux |
| Pièces fendues ou éclatées | Choc, mouvement du support | Remplacement par des pièces de réemploi |
| Plinthes et bas de murs tachés | Humidité bloquée par un revêtement étanche | Diagnostic du sol et des murs avant tout traitement |
Rénover un sol en tomettes, étape par étape
Un sol qui paraît fatigué n’est pas forcément à refaire. Beaucoup de tomettes retrouvent leur tenue après un simple nettoyage de fond. Procédez par étapes, du plus doux au plus lourd, et testez toujours dans un coin peu visible.
1. L’état des lieux
Marchez la pièce et tapotez les carreaux avec le manche d’un outil : un son creux révèle une pièce décollée. Notez les tomettes fendues, les joints manquants, les zones humides. Regardez aussi le bas des murs et le plafond de la pièce du dessous si vous êtes à l’étage. Cette carte vous servira à chiffrer les travaux et à discuter avec l’artisan.
2. Le décirage et le nettoyage de fond
Les couches de cire accumulées depuis des décennies encrassent la surface. Un décireur adapté à la terre cuite, appliqué puis frotté avec une brosse ou un disque doux, les dissout. Rincez peu et laissez sécher longuement, fenêtres ouvertes, avant de passer à la suite. Les acides forts et les décapants très agressifs sont à éviter sans l’avis d’un professionnel : ils peuvent attaquer la terre cuite et les joints.
3. Les réparations ponctuelles
Déposez délicatement les pièces cassées ou décollées, en protégeant les voisines. Grattez l’ancien mortier, humidifiez le support, reposez au mortier de chaux, puis refaites les joints. Les pièces de réemploi se trouvent chez les négociants en matériaux anciens ; prévoyez une marge pour la casse et le tri.
4. Le ponçage, avec parcimonie
Le ponçage rattrape les défauts de planéité et révèle une terre plus claire. Il efface aussi la patine qui fait la valeur d’un sol ancien et entame l’épaisseur des pièces. Réservez-le aux sols très abîmés et confiez-le à un professionnel équipé, car la poussière de terre cuite est abondante.
5. La protection finale
Sur un sol ancien, privilégiez les finitions qui pénètrent dans le matériau (huile de lin, cire) ou des protections dites respirantes, plutôt qu’un vernis qui forme un film. Appliquez en couches fines, sur un sol parfaitement sec, et respectez les temps de séchage indiqués par le fabricant.
Déposer, reposer ou conserver : faire le bon choix
Certains projets imposent de déposer les tomettes : pose d’un plancher chauffant, reprise d’une dalle humide, renforcement d’un plancher. Dans ce cas, numérotez les zones, nettoyez les pièces une à une et stockez-les à plat, à l’abri. Une partie cassera toujours, d’où l’intérêt d’un stock de pièces de réemploi.
Le chauffage au sol sous des tomettes est envisageable, la terre cuite transmettant bien la chaleur, mais la compatibilité entre système, mortier et épaisseur doit être validée avec l’installateur. Sur un sol ancien sans isolation ni dalle, ce type de projet devient une rénovation lourde : il mérite une réflexion globale, idéalement avec un conseiller France Rénov’ ou un architecte.
La conservation reste souvent la meilleure option. Un sol en terre cuite garde une sensation de fraîcheur appréciable en été, un atout que nous détaillons dans notre dossier pour garder la maison fraîche l’été sans tout climatiser. Il s’accorde aussi naturellement avec une décoration sobre, faite de matières brutes et de murs à la chaux.
Budget, artisans et fiscalité
Le coût d’une rénovation de tomettes varie trop selon la surface, l’état du sol et l’accès au chantier pour qu’un prix au mètre carré ait du sens hors devis. Demandez plusieurs devis détaillés qui distinguent le nettoyage, les reprises ponctuelles, la fourniture de pièces de réemploi et la finition. Un artisan habitué au bâti ancien saura vous dire ce qui peut être conservé ; méfiez-vous de celui qui propose d’emblée de tout recouvrir.
Côté fiscalité, les travaux d’amélioration, d’aménagement et d’entretien d’un logement achevé depuis plus de deux ans relèvent en principe de la TVA à 10 %, selon service-public.fr. La mention justificative figure désormais sur le devis ou la facture. Pour vérifier les assurances et les références d’un professionnel, consultez notre guide pour choisir un artisan dans le Var, et retrouvez l’ensemble de nos conseils sur notre guide de la rénovation dans le Var.
Questions fréquentes
Peut-on vitrifier des tomettes anciennes ?
C’est possible techniquement, mais déconseillé sur un sol ancien posé à la chaux. Un vernis étanche bloque l’évaporation de l’humidité, qui risque alors de remonter dans les murs. Préférez une cire, une huile de lin ou une protection respirante.
Comment savoir si mes tomettes viennent de Salernes ?
Aucun signe ne le garantit à coup sûr sans marque de fabrique. La teinte, le format hexagonal et les traces de façonnage donnent des indices. Le musée Terra Rossa, à Salernes, aide à se familiariser avec les productions locales.
Faut-il refaire tout le sol si quelques tomettes sont cassées ?
Non. Les pièces fendues ou décollées se remplacent une à une, au mortier de chaux, avec des tomettes de réemploi d’épaisseur et de teinte proches. Une rénovation complète ne se justifie que si le support lui-même est dégradé.
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Sources
- INA, Sudorama, « Les tomettes à Salernes » (document du 3 septembre 1970)
- Terra Rossa, Maison de la céramique architecturale, Salernes (consulté le 16 septembre 2026)
- UDAP du Var et CAUE du Var, fiche-conseil n° 01, « Les façades enduites » (non datée)
- Service-public.fr, taux de TVA applicables aux travaux (consulté le 16 septembre 2026)
Article mis à jour le 16 septembre 2026.